L'enquête en France élargie pour ''homicide involontaire''

Pierre Vaugeois
Août 6, 2020

En visite à Beyrouth jeudi 6 août, le président français Emmanuel Macron a appelé lors d'une conférence de presse les dirigeants libanais à un "profond changement" pour sortir leur pays de l'impasse politique et économique, aggravée par la double explosion mortelle survenue mardi dans le port de la capitale. La catastrophe de mardi, qui a fait 135 morts et 5.000 blessés, a été provoquée par l'explosion de 2.700 tonnes de nitrate d'ammonium hautement instable abandonnées depuis six ans dans un entrepôt du port, illustrant combien l'Etat libanais est devenu un fantôme.

Dans une lettre ouverte au président Macron, le Bloc national, un groupe qui avait participé au soulèvement populaire du 17 octobre, a demandé que l'aide internationale aux victimes de la catastrophe soit distribuée "par les organisations de la société civile dont certaines ont démontré, contrairement aux institutions de l'Etat, leur transparence et leur efficacité". "J'ai été franc, direct, sincère, j'attends des autorités libanaises des engagements", a souligné Emmanuel Macron.

Selon des sources de sécurité, les autorités du port, les services des douanes et des services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées au port mais se sont rejeté mutuellement la responsabilité du dossier.

Invité sur la radio française Europe 1, le chef de la diplomatie libanaise Charbel Wehbé a fait état jeudi de la création d'une commission d'enquête "qui a quatre jours pour donner un rapport détaillé sur les responsabilités". "Je suis là aussi pour lancer une nouvelle initiative politique", a-t-il répondu aux libanais en colère qui scandaient "le peuple veut la chute du régime".

"Je mets en garde contre une ingérence dans la vie politique du Liban".

"Nous mettrons aussi en place une gouvernance claire et transparente pour que l'ensemble de cette aide (.) soit directement acheminée aux populations, aux ONG, aux équipes sur le terrain qui en ont besoin, sans qu'aucune opacité, aucun détournement ne soit possible".

Plusieurs pays dont la France ont dépêché secouristes, matériel médical et sanitaire ainsi que des hôpitaux de campagne.

Dans une capitale aux airs d'apocalypse et alors que les autorités n'ont mis en place aucun dispositif pour aider les citoyens, des centaines de Libanais se sont mobilisés, dans un vaste élan de solidarité, pour poursuivre les opérations de déblaiement ou d'accueil des sans-abri. L'Union européenne a débloqué 33 millions d'euros en urgence et l'armée américaine a envoyé trois cargaisons d'eau, de nourriture et de médicaments.

Les Libanais accusent de corruption et d'incompétence leur classe politique, quasi inchangée depuis la guerre civile (1975-1990), dans un pays en proie en outre à de délicats équilibres confessionnels: le Liban compte 18 religions officielles se répartissant les postes de responsabilité selon un système sophistiqué de quotas. Le mot-dièse "Pendez-les" circule sur Twitter.

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