Maria Kolesnikova, une figure de l'opposition arrêtée à la frontière ukrainienne — Bélarus

Claudine Rigal
Septembre 10, 2020

Il a notamment cité le cas de Maria Kolesnikova, la seule figure importante de l'opposition ayant choisi de ne pas s'exiler à l'étranger, qui, selon son entourage, a été " enlevée " par des inconnus lundi matin et embarquée de force dans un véhicule dans le centre de Minsk. Les deux autres, Svetlana Tikhanovskaïa et Veronika Tsepkalo, ont dû s'exiler.

Elle a déchiré son passeport pour bloquer l'opération, assure l'agence Interfax-Ukraine. C'est alors qu'elle a été arrêtée.

Les gardes-frontières bélarusses affirment eux dans un communiqué que Mme Kolesnikova a été "pratiquement jetée du véhicule" à la frontière, sous-entendant que ses camarades s'étaient débarrassés d'elle.

Il a également admis être "peut-être resté trop longtemps" au pouvoir, a ajouté ce journaliste, Evguéni Rojkov, à la télévision russe.

Reconnaissable à ses courts cheveux platine, cette flûtiste professionnelle et polyglotte est devenue une icône de l'opposition par hasard cet été, quand le candidat dont elle était la directrice de campagne a été incarcéré. "Mon peuple, ma nation ont besoin d'aide ", a dit Svetlana Tikhanovskaïa, dont une collaboratrice a disparu à son tour mardi selon son équipe de campagne. Selon Kiev, Maria Kolesnikova se trouvait effectivement dans une voiture, mais parce que les autorités biélorusses tentaient de l'expulser, la jeune femme aurait résisté et c'est ce qui lui vaudrait donc d'être aujourd'hui détenue.

La France, par la voix du ministère des Affaires étrangères, a appelé Minsk à faire "toute la lumière" sur sa situation et condamné "avec la plus grande fermeté les arrestations arbitraires et les pratiques d'exils forcés de plusieurs membres du Conseil de coordination, ainsi que de nombreux manifestants, ces derniers jours".

Le président biélorusse Alexandre Loukachenko a estimé mardi que si son régime tombait, la Russie suivrait, après un mois d'une contestation de sa réélection sans précédent qu'il estime soutenue par l'Occident. " Il est évident que de telles méthodes sont illégales et ne peuvent conduire à aucun autre résultat si ce n'est l'aggravation de la situation ", a abondé le conseil de l'opposition, dont M Kolesnikova est membre et contre lequel les autorités ont engagé des poursuites judiciaires pour " menace à la sécurité nationale ".

La semaine dernière, une autre membre du Conseil de coordination, Olga Kovalkova, avait raconté avoir été contrainte à l'exil en Pologne.

Minsk a aussi interdit au chef de l'Eglise catholique dans le pays, Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, de revenir au Bélarus, après ses critiques de la répression.

"Le danger est réel de voir le Bélarus sombrer dans l'illégalité et la persécution politique", s'est alarmée mardi la secrétaire générale du Conseil de l'Europe, Marija Pejcinovic Buric.

Un mouvement de contestation historique s'est organisé au Bélarus durant l'été autour de Mme Tikhanovskaïa, professeur d'anglais de formation sans expérience politique, qui s'était lancée dans la course à la présidentielle, pour remplacer son mari, un vidéoblogueur populaire, emprisonné depuis le printemps.

Alexandre Loukachenko, qui avant l'élection n'avait pas de mots assez durs pour dénoncer les tentatives de "déstabilisation" de Moscou, dénonce désormais un "complot" occidental et fait tout pour se rapprocher de la Russie, son plus proche allié et partenaire économique. Jusqu'ici il a exclu tout retrait du pouvoir, évoquant seulement une vague idée de révision de la Constitution, et rejetant tout dialogue avec ses détracteurs.

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