Coronavirus : des anomalies génétiques pourraient expliquer les formes graves

Evrard Martin
Octobre 1, 2020

Des promeneurs portant un masque à Stockport, le 16 septembre 2020 au Royaume-Uni. Ces réactions très différentes seraient dues à nos gènes, estiment plusieurs chercheurs.

Pourquoi certains patients touchés par la Covid-19 développent-ils des formes graves de la maladie?

Des découvertes qui pourraient permettre de dépister les personnes les plus susceptibles de développer une forme sévère, et de mieux les traiter, selon les chercheurs.

Ces observations sont intéressantes car les interférons de type 1 interviennent dans la défense anti-virale par plusieurs mécanismes. Ces conclusions sont détaillées dans deux articles publiés par la revue américaine Science. "Il s'agit d'un défaut de production ou d'action des interférons de type 1", souligne le professeur Jean-Laurent Casanova (Institut Imagine, Paris et Université Rockefeller à New-York).

Ils ont découvert qu'au moins 3,5 % des patients atteints de COVID-19 grave sont porteurs d'un type spécifique de mutation génétique qui diminue leur production d'interférons de type I. Ces mutations se produisent sur 13 gènes et sont déjà connues pour être la cause de formes graves de grippe.

Les résultats d'uneseconde étude, également publiée dans Science, montrent une autre caractéristique des malades atteints de formes graves de Covid-19: la présence à taux élevé dans le sang d'anticorps dirigés contre les IFN de type I de ces personnes (on parle ici d'auto-anticorps) capables de neutraliser l'effet de ces molécules antivirales naturellement produites par l'organisme.

Fait relativement étonnant: d'après les chercheurs, cette anomalie frappe plus d'hommes que de femmes, alors que les maladies auto-immunes (dysfonctionnement du système immunitaire qui le conduit à s'attaquer à certains de ses constituants normaux) concernent généralement beaucoup plus les femmes.

Par ailleurs 49,5 % des patients testés positifs pour ces anticorps avaient plus de 65 ans, contre 38 % dans le reste de la cohorte, ce qui laisse également supposer que la fréquence de ces anticorps augmente avec l'âge.

Les interférons appartiennent à la famille des cytokines, substances produites notamment par les cellules du système immunitaire, en réponse à l'infection. Le manque initial d'interféron de type 1 provoque ensuite une réaction excessive du corps pour compenser ce manque.

Le Pr Casanova a dirigé ces recherches avec le professeur Laurent Abel (Institut Imagine/Inserm), en collaboration avec Helen Su de l'Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID/NIH). "Ces auto-anticorps sont retrouvés chez plus de 10 % des patients développant une pneumonie grave par infection au SARS-CoV2", constate l'étude. Pour améliorer la prise en charge, il faudrait donc identifier les patients concernés grâce à un dosage de ces molécules et leur administrer un traitement aux interférons de façon précoce. "L'analyse d'un échantillon de 1 227 personnes en bonne santé a permis d'évaluer la prévalence d'auto-anticorps contre l'IFN de type 1 à 0,33% dans la population générale, une prévalence 15 fois inférieure à celle observée chez les patients atteints de formes sévères", notent les chercheurs, pour qui ces résultats laissent penser qu'il faut dépister la population afin de détecter ces anticorps. Or, ces médicaments sont disponibles depuis plus de trente ans et n'induisent pas d'effets secondaires notables s'ils sont pris pendant une courte période. S'agissant des malades ayant ces mauvais anticorps, il pourrait s'agir d'utiliser un interféron qu'ils ne neutralisent pas. Ces derniers pourraient bénéficier d'une plasmaphérèse (prélèvement de la partie liquide du sang contenant notamment les anticorps), ou d'autres traitements pouvant réduire la production de ces anticorps par les lymphocytes B. Selon elle, près de 15 % des formes graves de la maladie s'expliqueraient par des anomalies génétiques ou immunitaires.

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