Engie cède à Veolia 29,9 % du capital de Suez

Xavier Trudeau
Octobre 7, 2020

Veolia a réussi sa Blitzkrieg. Peu de chance cependant que Suez, qui lutte depuis le départ contre les appétits de son concurrent historique, assouplisse ses positions. L'offre améliorée de Veolia à Engie, qui propose 3,4 milliards de dollars pour 29,9% de Suez, court en effet jusqu'à lundi minuit, et le conseil d'administration d'Engie se réunit dans la journée pour l'examiner.

Dans le même temps, l'action Veolia a reculé de 2,6%. Résultat, Engie a vendu ses parts ce lundi 5 octobre, et ce malgré un vote négatif de la part de l'Etat, un de ses actionnaires à hauteur de 22%, ainsi que l'abstention de deux membres de la CFDT. Les trois administrateurs représentant l'Etat au conseil d'administration ont voté contre la cession du bloc. Pour lui, l'État doit prendre ses responsabilités: "Il pouvait agir en amont contre les velléités d'Engie de nous vendre ou en imposant un délai, le temps pour Suez de s'organiser pour racheter ses parts".

Le bras de fer entre les deux spécialistes français de l'eau et du traitement de déchets a commencé lorsque Veolia a annoncé fin août son intention de créer un géant mondial en rachetant l'essentiel de la participation d'Engie dans Suez, avant de lancer une OPA sur le solde des actions.

Cette vente express est aussi une forme de soulagement pour Engie. C'est " la réponse définitive et claire à une question lancinante depuis la fin du pacte d'actionnaires de Suez, achevé il y a sept ans", a insisté Jean-Pierre Clamadieu, en référence aux atermoiements du groupe vis à vis de cette participation, un jour trop faible, le lendemain trop élevée. "(...) cette offre ne sera pas lancée sans avoir obtenu au préalable un accueil favorable du conseil d'administration de Suez", peut-on lire dans un communiqué. Toutefois, si Veolia ne parvient pas à obtenir l'aval du conseil d'administration de Suez, l'entreprise laisse entendre qu'elle se tournera directement vers l'assemblée générale de Suez.

L'épilogue de la fusion Veolia-Suez approche. Mais pour le groupe présidé par Philippe Varin, qui a alerté le ministère de l'Economie lundi, la décision de son ancien actionnaire de référence est vécue comme une trahison et un manque de loyauté.

Quelques heures avant le conseil d'administration d'Engie, Suez croyait encore au soutien de son potentiel chevalier blanc, Ardian.

Engie avait également prévenu dimanche, par la voix d'un porte-parole, qu'il n'examinerait pas "une offre alternative" à celui de Veolia "seulement s'il s'agit d'une offre ferme et à un prix au moins égal à celui de Veolia".

Ainsi, jeudi dernier, un nouvel acteur, Ardian, avait fait son apparition laissant entrevoir un espoir aux collaborateurs de Suez, réfractaire au projet de Veolia. "Nous nous sommes heurtés à intransigeance des uns et à la précipitation des autres", a-t-il regretté.

La voie semblait dégagée pour Veolia après que le fonds Ardian, présenté comme un recours, eut renoncé à déposer une contre-offre lundi au conseil d'administration d'Engie.

Quel pourrait être l'accord?

L'OPA " interviendra au plus tard lors de l'obtention des autorisations réglementaires nécessaires, notamment en matière de concurrence, dans les 12 à 18 mois, Veolia se réservant la possibilité de déposer l'offre publique à tout moment avant l'obtention de ces autorisations ", a ajouté Veolia.

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