Fumer affecte le placenta des femmes enceintes, même après l'arrêt

Evrard Martin
Octobre 7, 2020

L'arrêt du tabagisme avant de tomber enceinte est pourtant reconnu pour diminuer considérablement les risques pour la santé de la mère et l'enfant. Réalisée par l'Inserm, le CNRS et l'Institut pour l'avancée des biosciences de l'Université Grenoble Alpes, l'étude vient démontrer pour la première fois que la cigarette n'est pas nocive pour le futur bébé que pendant la grossesse, mais aussi en amont. Vulnérable à de nombreux composés chimiques, celui-ci joue néanmoins un rôle crucial dans le développement du foetus.

Les chercheurs français ont étudié l'ADN d'échantillons de placenta prélevés au moment de l'accouchement chez 568 femmes pour mieux comprendre l'impact chez la femme enceinte de la consommation de tabac dans les trois mois précédant la grossesse et/ou pendant la grossesse. Plus précisément leur corps a éliminé en partie les traces de l'exposition au tabac dans l'ADN du placenta.

Les participantes à l'étude étaient réparties en trois catégories: les non-fumeuses (n'ayant pas fumé depuis les trois mois précédant la grossesse ni pendant la grossesse), les anciennes fumeuses (arrêt de la consommation dans les trois mois précédant la grossesse) et les fumeuses (consommation dans les trois mois précédant la grossesse et pendant toute la durée de la grossesse).

Chez les fumeuses, les scientifiques ont observé des altérations dites "épigénétiques" dans 178 régions du génome placentaire (la séquence d'ADN n'est pas modifiée, mais la façon dont les gènes s'expriment peut être affectée). 381 d'entre elles étaient non-fumeuses, 117 avaient fumé au moins une cigarette par jour pendant leur grossesse et 70 étaient d'anciennes fumeuses.

De prochaines recherches vont tenter d'identifier les effets possibles de ces modifications épigénétiques liées à l'exposition au tabac sur le développement et la santé de l'enfant.

Ces régions correspondent pour la plupart à des zones capables de contrôler à distance l'activation ou la répression de gènes. Or une partie de ces altérations s'avèrent situées sur des gènes connus pour jouer un rôle clé dans le développement fœtal, soulignent les chercheurs dans leur communiqué. Mais une équipe de chercheurs de l'Inserm et du CNRS montre aujourd'hui que le placenta conserverait la mémoire de l'exposition au tabac de femmes qui ont arrêté de fumer quelques semaines plus tôt. Même après l'arrêt du tabac, les gènes pourraient donc garder en mémoire les effets de ce dernier. Il a été montré que la consommation de tabac pendant la grossesse avait de nombreuses conséquences néfastes sur la santé de la mère et de l'enfant, mais "les mécanismes en jeu sont encore mal connus".

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