Guinée : La campagne présidentielle atteint son pic

Claudine Rigal
Octobre 18, 2020

Alpha Condé a voté en fin de matinée dans une école pour enfants sourds de Conakry, à quelques centaines de mètres de sa résidence officielle.

Le centre de Conakry a encore résonné, jeudi matin, du vacarme assourdissant de klaxons, sirènes et sifflets produit par un interminable cortège de semi-remorques transportant des partisans du président Condé qui arboraient la couleur jaune du parti au pouvoir. Mais M. Diallo a décidé de participer à la présidentielle.

"On dénombre 92 tués, dont 56 par armes de guerre".

Près de cinq millions et demi de Guinéens ont commencé dimanche à voter pour choisir leur prochain président, premier rendez-vous sous tension d'un calendrier électoral ouest-africain chargé, scruté avec inquiétude par les avocats de la démocratie. Il a été réélu au premier tour en 2015.

L'élection de 2020 n'échappe pas aux tensions qu'ont connues les deux précédentes, ternies par la violence et la contestation. Interrogés par l'AFP s'inquiètent, tout comme la communauté internationale, du déroulement du vote et plus encore de ses lendemains, dans un pays coutumier de l'affrontement physique en politique.

Menée à coups de grands meetings fiévreux, la campagne a été émaillée d'invectives, d'incidents et d'obstructions, et de heurts qui ont fait plusieurs blessés entre militants.

"Ces manifestants ont été tués lors des protestations contre un troisième mandat du Président Alpha Condé".

La mobilisation a été sévèrement réprimée et des dizaines de civils ont été tués, autorités et opposition se rejetant la responsabilité de ces morts. "Alpha Condé, qui a fait tout ce chemin, qui a modifié la Constitution, est-ce qu'il (serait allé) jusque-là pour perdre l'élection", demande Kabinet Fofana, président de l'Association de sciences politiques.

Le candidat sortant qui, apparemment ne décolère pas contre les propos de son principal adversaire, Cellou Dalein Diallo, l'accusant de ne plus être "apte physiquement à diriger la Guinée", a voulu montrer à l'assistance qu'il se "porte comme un charme". Et "Cellou Dalein, qui a perdu deux élections, qui n'est plus représenté à l'Assemblée, est-ce qu'il viendrait juste pour accompagner Alpha Condé?"

Alpha Condé revendique d'avoir redressé un pays qu'il avait trouvé en ruines après des décennies de régimes autoritaires et d'avoir fait avancer les droits humains.

Pas question de se laisser "voler" à nouveau la victoire, répète le camp de Cellou Dalein Diallo, qui se méfie des organes jugés inféodés au pouvoir, malgré l'envoi d'observateurs africains.

"Ils sont venus vous dire 'le président est malade, il est couché, il ne peut plus se lever'", s'est-il gaussé à Kissidougou (sud) avec une grimace forcée, "ceux qui veulent m'envoyer au cimetière iront avant moi".

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