Images des policiers : l'Assemblée vote la mesure controversée révisée par le gouvernement

Claudine Rigal
Novembre 22, 2020

Parmi les slogans repris en boucle: "Tout le monde veut filmer la police ". Dans un climat tendu, l'Assemblée nationale a voté vendredi soir la mesure la plus controversée de la proposition de loi "sécurité globale" pénalisant la diffusion malveillante de l'image des forces de l'ordre, avec des garanties du gouvernement sur le "droit d'informer". Les slogans scandés ou écrits sur les pancartes des manifestants contre la proposition de loi "sécurité globale", samedi 21 novembre, ont pris pour cible la disposition du texte pénalisant la diffusion malveillante d'images des forces de l'ordre, adoptée la veille par l'Assemblée nationale. "On bascule dans quelque chose qui n'est pas totalement la démocratie", s'inquiète Martine Wattoux, gilet jaune sur le dos.

A Marseille, environ 2.500 personnes ont défilé contre cette loi mais aussi contre les violences policières et les violences faites aux femmes.

Avant les incidents, sur la place noire de monde, pas mal de gilets jaunes parmi les drapeaux du PCF, d'EELV, de FO, du NPA, une banderole d'"Extinction rébellion" ou une autre de Médiapart: "La démocratie meurt dans l'obscurité".

Mais aux alentours de 17 heures, après l'ordre de dispersion diffusé par les forces de l'ordre, la tension est toutefois peu à peu montée sur la place parisienne. © Radio France / B. D.Au Trocadéro, à Paris. Des poubelles ont été incendiées et une petite dizaine de manifestants ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre qui ont répliqué en faisant usage de canons à eau et en chargeant, a constaté un journaliste de l'AFP. "L'équilibre est réaffirmé entre la liberté d'informer et la protection des forces de l'ordre", a affirmé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, lors d'un débat houleux. 23 personnes ont été interpellées, selon la PP.

Un autre millier était dans la rue à Rennes, avec des pancartes: "Baissez vos armes, nous baisserons nos téléphones", "L'appareil photo lui n'a jamais tué personne", "Sécurité globale, impunité totale".

A Rennes, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées place de la République, selon les organisateurs.

Loi
France: plusieurs milliers de personnes rassemblées contre la proposition de loi «sécurité globale»

Cet article, mais aussi la possible utilisation de drônes et la crainte de la reconnaissance faciale par les caméras de surveillance, ont sucisté une intense émotion dans les médias.

"C'est une loi faite par la police" qui "menace la liberté d'informer, de s'exprimer, de manifester", a estimé Maud, étudiante de 27 ans dans le rassemblement lillois.

Une conférence de presse a été organisée parallèlement au siège de la Ligue des droits de l'Homme à Paris, en présence d'Amnesty International, de représentants des syndicats de journalistes et d'un responsable d'un syndicat de policiers minoritaire, la CGT-Intérieur. "Evidemment qu'on pourra continuer à filmer n'importe qui et bien sûr les forces de l'ordre".

Et Jean-François Cullafroz de la CFDT, s'est félicité de la mobilisation des directeurs des rédactions des principaux médias contre l'article controversé, appelant "nos patrons de presse à prendre position" lors d'une rencontre prévue mardi au ministère de l'Intérieur.

Dans sa rédaction modifiée, l'article 24, adopté par 146 voix pour et 24 contre, prévoit de pénaliser d'un an de prison et 45.000 euros d'amende, "sans préjudice du droit d'informer", la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification" d'un agent de la police nationale, gendarme ou d'un agent de police municipale, "dans le but manifeste qu'il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique". Son collègue Pierre-Henri Dumont a regretté que cette mesure se base sur la loi sur la presse de 1881 et non sur des dispositions déjà existantes du Code pénal.

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