La pro-européenne Maia Sandu remporte la présidentielle — Moldavie

Claudine Rigal
Novembre 18, 2020

Selon des résultats quasi-définitifs - 99,07 % des bulletins dépouillés -, Maia Sandu a obtenu 57 % des suffrages contre 43 % pour Igor Dodon, le président sortant, visé par des accusations de corruption pendant son mandat de quatre ans.

Les États-Unis ont dit mardi leur intention de coopérer avec la prochaine présidente moldave Maia Sandu, une ancienne première ministre pro-européenne dont l'élection marque un revers pour la Russie. Elle devancerait le chef de l'Etat sortant pro-russe Igor Dodon, après le dépouillement de plus de 90% des bulletins.

A Varnita (sud-est), localité située près de la ligne de contact avec la Transdniestrie, des dizaines de policiers se sont bousculés avec des supporters de Mme Sandu qui ont tenté de bloquer la route pour empêcher l'arrivée des électeurs depuis ce territoire sécessionniste, généralement pro-russes, sur fond de rumeurs d'achat de voix en faveur de M. Dodon. C'est la première femme à accéder à la présidence dans cette ex-république soviétique, toujours sous influence de Moscou.

Pour sa part, M. Dodon, 45 ans, a déclaré avoir "voté pour la paix", la "justice sociale" et pour "des valeurs chrétiennes". Moscou a également félicité Maia Sandu, qui a promis lundi "un vrai équilibre" dans les relations de la Moldavie vis-à-vis de l'Occident et de la Russie.

Amputée d'une partie de son territoire avec la perte de la Transdniestrie, la Moldavie, 3,5 millions d'habitants, est un des pays les plus pauvres d'Europe et jusqu'à 40 % de sa population a émigré à l'étranger à la recherche de meilleures conditions de vie.

La victoire de Mme Sandu augure "une claire baisse de l'influence russe" dans la région, a constaté auprès de l'AFP le directeur exécutif de l'Institut de la politique européenne et réformes à Chisinau Iulian Groza.

Pro-européenne, Mme Sandu promet de "faire avancer les réformes" et de "défendre les intérêts nationaux en dialoguant avec la Russie", selon son équipe de campagne. Ex-Première ministre passée par la Banque mondiale, Mme Sandu, 48 ans, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour le 1er novembre avec 36% des suffrages contre environ 33% pour M. Dodon grâce à un soutien sans précédent des électeurs votant à l'étranger.

La Russie, confrontée cette année à des mouvements de protestation en Biélorussie et au Kirghizstan, qu'elle considère comme sa zone d'influence après avoir rompu depuis 2014 ses liens avec l'Ukraine, soutenait ouvertement le président Dodon.

La Russie a par ailleurs accusé Washington d'orchestrer "un scénario révolutionnaire pour la Moldavie en novembre", alors que ce pays a déjà connu des contestations post-électorales.

Coincée entre l'Ukraine pro-occidentale, et la Roumanie, membre de l'Union européenne, la Moldavie a été secouée en 2015 par un énorme scandale de corruption, concernant la disparition d'un milliard de dollars des caisses de trois banques nationales, équivalent de 15% du PIB.

Aujourd'hui, vous avez le pouvoir de punir ceux qui vous ont volés, qui vous ont réduits à la misère et contraints de quitter votre maison.

L'opposante Sandu a reçu le soutien de Bucarest qui a de forts liens historiques avec la Moldavie.

"On craint des fraudes" Les derniers sondages donnant les deux candidats au coude à coude, l'issue du vote pourrait à nouveau être décidée par la diaspora moldave en Europe que Mme Sandu a expressément exhorté à voter.

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