L'Assemblée vote la mesure controversée révisée par le gouvernement — Images des policiers

Pierre Vaugeois
Novembre 21, 2020

Journalistes, défenseurs des libertés publiques et pourfendeurs des violences policières dénoncent "une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression ".

"Tout le monde veut filmer la police", "policiers floutés, justice aveugle", ou encore "Orwell was right".

"Dans un climat tendu, l'Assemblée nationale a voté vendredi soir la mesure la plus controversée de la proposition de loi " sécurité globale " pénalisant la diffusion malveillante de l'image des forces de l'ordre, avec des garanties du gouvernement sur le " droit d'informer ". Enfin, nombre de journalistes considèrent que cette loi est une grave atteinte à la liberté informer et s'inquiètent notamment de la couverture des manifestations: ils estiment que l'article 24 de cette loi est un outil qui va permettre aux forces de l'ordre de cacher leurs dérapages.

Des mobilisations étaient prévues dans une vingtaine de villes, la principale d'entre elle au Trocadéro en début d'après-midi.

" C'est une loi faite par la police " qui " menace la liberté d'informer, de s'exprimer, de manifester", a estimé Maud, étudiante de 27 ans". "On nous dit qu'il faut limiter nos libertés pour le bien de tous mais là, ça va trop loin", s'indigne Manuel Furtado, "outré" par le texte. "Ne vous floutez pas de nous", plus de sécurité sociale, moins de sécurité globale", "des vidéos pas des lacrymo " ou encore " pas vu pas pris", pouvait-on lire sur les pancartes".

Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale le 20 novembre 2020
Gérald Darmanin à l’Assemblée nationale le 20 novembre 2020

Des Gilets jaunes sont également attendus à la manifestation. Un autre millier à Rennes, idem à Montpellier.

Une conférence de presse a été organisée parallèlement au siège de la Ligue des droits de l'Homme à Paris, en présence d'Amnesty International, de représentants des syndicats de journalistes et d'un responsable d'un syndicat de policiers minoritaire, la CGT-Intérieur. "Nous sommes inquiets de la lente déliquescence de l'Etat de droit, qui semble mener à un Etat de police", a déclaré Arie Alimi, membre du bureau national de la Ligue des droits de l'Homme. Manière pudique de souligner que les difficultés risquaient de fissurer la majorité, certains députés LREM et du MoDem ayant annoncé ne pas vouloir voter le texte en l'état. "Evidemment qu'on pourra continuer à filmer n'importe qui et bien sûr les forces de l'ordre". Son collègue Pierre-Henri Dumont a regretté que cette mesure se base sur la loi sur la presse de 1881 et non sur des dispositions déjà existantes du Code pénal. - "Macron, populiste en col blanc" - Jean-François Cullafroz, de la CFDT, s'est félicité de la mobilisation des directeurs des rédactions des principaux médias contre l'article controversé, appelant "nos patrons de presse à prendre position" lors d'une rencontre prévue mardi au ministère de l'Intérieur. "Comment va-t-on demander à la Pologne et la Hongrie de respecter l'Etat de droit alors qu'en France on est en train de tout faire pour le mettre à mal?", a-t-il demandé.

Face à la fronde des défenseurs des libertés publiques et des sociétés de journalistes, le gouvernement a précisé l'article litigieux qui pénalise d'un an de prison et 45 000 euros d'amende la diffusion de "l'image du visage ou tout autre élément d'identification " des forces de l'ordre en intervention quand elle porte " atteinte " à leur " intégrité physique ou psychique ".

L'amendement gouvernemental réécrivant cet article 24, adopté par 146 voix contre 24, spécifie que la mesure ne peut porter " préjudice au droit d'informer ", et que l'intention malveillante contre les forces de l'ordre doit être " manifeste ".

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