L'Australie reconnaît avoir tué 39 civils Afghans — Afghanistan

Claudine Rigal
Novembre 21, 2020

Un haut responsable de l'armée australienne a admis jeudi 19 novembre des preuves crédibles selon lesquelles ses forces spéciales avaient " tué illégalement " au moins 39 civils et non-combattants afghans après avoir ouvert une enquête qui avait été menée pendant des années. Il souhaite également renvoyer les coupables devant le "bureau de l'enquêteur spécial" en charge des crimes de guerre.

Les 25 membres des forces spéciales accusés de méfaits dans 23 incidents ont laissé une " tache" sur leur régiment, sur les forces armées et sur l'Australie, a-t-il ajouté, recommandant des poursuites pour crimes de guerre. Certaines patrouilles ont fait fi de la loi, des règles ont été enfreintes, des histoires inventées, des mensonges racontés et des prisonniers tués. Les mains des armées occidentales étaient tachées de sang.

"Ce bilan honteux comprend des cas présumés dans lesquels de nouveaux membres de patrouille ont été contraints de tirer sur un prisonnier afin d'effectuer leur premier meurtre, dans une pratique effroyable connue sous le nom de 'blooding'", a aussi relevé le général Campbell. D'après le rapport, qui regroupe plus de 400 témoignages, ces jeunes soldats auraient ensuite mis en scène un affrontement pour camoufler l'incident.

Par ailleurs, suite à la publication de ce rapport, 19 soldats vont être renvoyés devant la police fédérale australienne et seront condamnées à un versement d'indemnités aux familles des victimes. C'est ce qu'explique leur avocat, Glenn Kolomeitz: " Certains de mes clients sont satisfaits, mais ça en perturbe d'autres, qui sont fiers de leur passé dans les forces spéciales, de voir leur unité traînée dans la boue. Les médias australiens se sont fait l'écho de nombre d'accusations très graves contre les forces australiennes, comme le cas d'un homme qui aurait été abattu pour faire de la place dans un hélicoptère, ou celui d'un enfant de six ans tué lors d'un raid contre une maison.

"Ces révélations, rendues officielles par le gouvernement, sont du pain béni pour les terroristes islamistes, selon ce spécialiste de la région".

Ainsi, la semaine dernière, le Premier ministre Scott Morrison a conseillé aux Australiens de se préparer à entendre les "vérités honnêtes et cruelles" contenues dans le document expurgé.

Le gouvernement a d'abord cherché à fermer les comptes des dénonciateurs qui avaient porté plainte, la police ayant attaqué des journalistes d'investigation qui les dénonçaient.

Le général Campbell a qualifié ces faits de "honteux"; ils constituent une "trahison profonde" des principes de l'armée australienne. L'affaire avait éclaté en 2017, quand la chaîne publique ABC avait publié les " Afghan files ", une série d'enquêtes qui accusait les forces australiennes d'avoir tué des hommes non-armés et des enfants en Afghanistan.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL