L'ex-président critique le nouveau pouvoir, appelle à des manifestations "pacifiques" — Pérou

Claudine Rigal
Novembre 17, 2020

Le président péruvien Martín Vizcarra s'est lui-même défendu au Parlement de Lima le lundi 9 novembre.

Trois jours après avoir été destitué, l'ex-président péruvien Martin Vizcarra a mis en cause une nouvelle fois jeudi la légitimité du nouveau pouvoir, tandis que de nouvelles manifestations de soutien sont attendues à Lima.

Le président péruvien Martin Vizcarra, destitué lundi, avait fait de la lutte contre la corruption son principal cheval de bataille, à contre-courant de la classe politique locale, avant de chuter luimême pour des accusations de potsde-vin qu'il a "catégoriquement" niées.

Lors du vote de destitution, 105 membres du Congrès ont voté en faveur du processus, 19 contre et il y a eu quatre abstentions.

Lors de sa prise de fonctions mardi, il avait assuré qu'il respecterait le calendrier des prochaines élections générales prévues le 11 avril 2021 et quitterait le pouvoir le 28 juillet 2021, le jour où le mandat de M. Vizcarra devait prendre fin.

Le désormais ex-président Vizcarra, qui dispose d'un niveau record de popularité après ses 32 mois à la tête du pays, va être immédiatement informé, a confirmé M. Merino. "Faites-nous confiance, nous agirons comme nous le disons", a déclaré devant le Parlement M. Sagasti, qui sera officiellement investi mardi.

Martin Vizcarra, 57 ans, a annoncé qu'il acceptait le vote du Congrès et qu'il n'engagerait aucun recours en justice. "Je ne lancerai aucune action légale" pour lutter contre la destitution, a déclaré M. Vizcarra, entouré de ses ministres dans le jardin de palais, ajoutant qu'il allait rejoindre sa résidence particulière. Merino deviendra ainsi le troisième président du Pérou depuis 2016, signe de la fragilité institutionnelle qui caractérise l'ancienne colonie espagnole, indépendante depuis 1821.

Martin Vizcarra, sans parti politique ni majorité au Parlement, était loué par la population pour sa lutte contre la corruption et son intransigeance à l'égard des députés.

Son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, il ne pouvait pas non plus aller à la fin de son mandat, contraint de démissionner sous la pression du Parlement après avoir été impliqué dans le scandale Odebrecht, qui porte le nom de cette entreprise de construction brésilienne accusée d'avoir versé des pots-de-vin dans plusieurs pays d'Amérique du Sud.

Plusieurs appels à la protestation ont fleuri sur les réseaux sociaux, à la suite du procès de destitution, et plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées la nuit à Lima, frappant sur des casseroles et des poêles pour dénoncer le vote au Parlement.

Une femme exprime ses sentiments devant la police à l'extérieur du Congrès à Lima après que le président intérimaire du Pérou, Manuel Merino, a présenté sa démission le 15 novembre 2020. Martin Vizcarra était attendu jeudi au bureau du procureur pour être entendu dans le cadre de l'enquête sur de présumés pots-de-vin s'élevant à environ 600.000 dollars qu'il aurait reçus en 2014 en échange de contrats de travaux publics lorsqu'il était gouverneur de la région de Moquegua (sud).

L'accusation a également été mal accueillie par les organisations d'employeurs qui souhaitaient que le gouvernement se concentre sur la réponse à la pandémie, alors que le pays a fait près de 35 000 morts depuis mars, et au redémarrage de l'économie.

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