L'ONU redoute des "répercussions humanitaires et politiques" — Houthis classés "terroristes"

Claudine Rigal
Janvier 12, 2021

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a expliqué qu'il notifierait le Congrès de cette décision afin de renforcer la "dissuasion contre les activités néfastes du régime iranien", soutien du groupe rebelle yéménite face au gouvernement appuyé par une coalition menée par l'Arabie saoudite alliée de Washington.

En outre, trois chefs des Houthis devraient également être inscrits sur liste noire, à commencer par Abdel Malek al-Houthi.

Réagissant à cette annonce, les Houthis au Yémen ont condamné hier leur désignation comme groupe "terroriste" et ont dit se réserver le droit d'y riposter. "Ses politiques reflètent une pensée en crise et sont condamnables, et nous avons le droit d'y riposter", a déclaré sur twitter un haut responsable des rebelles, Mohamed Ali al-Houthi.

"C'est la décision d'un fou avant de quitter le pouvoir", s'emporte un habitant de Sanaa, la capitale yéménite, joint au téléphone lundi, quelques heures après que l'Administration Trump a décidé de qualifier de "terroristes" les rebelles houthistes, alliés de l'Iran, qui gouvernent 70 % des 27 millions de Yéménites. "Le peuple yéménite n'a que faire de toute désignation de l'administration Trump du moment qu'elle est complice dans le meurtre de Yéménites". "Ce n'est pas une bonne chose pour nous, ajoute Ali (un nom d'emprunt), ici à Sanaa (tenue par les insurgés soutenus par Téhéran), les gens voient cela comme une manœuvre des Américains avant le départ de Trump, mais ils pensent que Joe Biden annulera cette décision".

L'Iran a condamné la décision américaine, jugeant que la liste noire était "un processus qui a perdu sa crédibilité".

A moins que le Congrès ne les bloque, les sanctions anti-Houthis doivent entrer en vigueur le 19 janvier, soit la veille de l'entrée en fonctions du démocrate.

Les sanctions visent à tenir les houthis notamment " responsables des attaques transfrontalières menaçant les populations civiles, les infrastructures et le transport maritime", a-t-il dit, en allusion apparente aux attaques aux missiles et drones des houthis contre le royaume saoudien voisin.

Alors que les combats ont fortement baissé d'intensité depuis des mois et que les violences restent ponctuelles, des organisations s'inquiètent de la décision américaine qui risque, selon elles, de provoquer une paralysie de l'acheminement de l'aide humanitaire au Yémen, comme les contacts avec des chefs houthis, le paiement du personnel médical, et l'achat de nourriture et de pétrole.

Un appel similaire est venu du sénateur républicain Todd Young qui a, comme de nombreux élus américains, exhorté M. Pompeo à ne pas passer à l'acte alors que le pays le plus pauvre de la péninsule arabique, où 80% de la population dépend des aides, est en proie à la pire crise humanitaire actuellement au monde selon l'ONU.

Les États-Unis aussi, qui reconnaissent qu'"il existe des inquiétudes quant à l'impact que ces désignations auront sur la situation humanitaire au Yémen", ont annoncé par la voix de Pompeo qu'ils prévoient de "mettre en place des mesures pour réduire leur impact sur certaines activités et importations humanitaires".

Mais pour Peter Salisbury, spécialiste du Yémen à l'International Crisis Group, le classement des houthis sur la liste noire " risque de punir collectivement tous les Yéménites en précipitant une famine tout en faisant peu de mal aux houthis, si ce n'est de les pousser plus près de l'Iran ".

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