Coup d'Etat militaire en Birmanie, Aung San Suu Kyi arrêtée

Claudine Rigal
Février 1, 2021

En Birmanie, ce lundi 1er février, la dirigeante Aung San Suu Kyi, ancien prix Nobel de la paix a été arrêtée et des généraux ont été placés aux principaux postes du pouvoir. "Nous avons entendu dire qu'elle est détenue à Naypyidaw (la capitale du pays, NDLR), nous supposons que l'armée est en train d'organiser un coup d'État", a indiqué Myo Nyunt.

Ces arrestations interviennent alors que le Parlement issu des dernières législatives devait entamer sa première session dans quelques heures.

L'armée s'est ensuite emparée de l'hôtel de ville de Rangoun, la capitale économique du pays, et l'accès à son aéroport international était bloqué par des militaires.

Le texte contient également un article interdisant aux citoyens mariés à des étrangers de devenir président, ce qui, selon les analystes, a été écrit pour empêcher Aung San Suu Kyi, mariée à un Britannique aujourd'hui décédé, d'accéder au poste.

Les communications téléphoniques, notamment vers et depuis Naypyitaw, sont aussi très perturbées, selon des journalistes de l'AFP.

Cette décision est nécessaire pour préserver la " stabilité " de l'État, ont fait savoir les militaires dans une annonce sur leur chaîne de télévision, NAME. "Les données du réseau en temps réel montrent que la connectivité nationale est tombée à 75 % des niveaux ordinaires à partir de 3 heures du matin, heure locale", a relevé l'ONG spécialisée Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a condamné "fermement" dans un communiqué dimanche soir l'arrestation par l'armée d'Aung San Suu Kyi, et d'autres dirigeants politiques.

Les États-Unis et l'Australie ont rapidement réagi, appelant à la libération immédiate des dirigeants de la LND et au rétablissement de la démocratie.

Les militaires dénonçaient depuis plusieurs semaines plus d'une dizaine de millions de cas de fraudes lors des législatives de novembre. Les militaires exigeaient que la commission électorale gouvernementale publie la liste des électeurs à des fins de vérifications, demande qui n'a pas été suivie d'effets. La LND, au pouvoir depuis 2015, avait largement remporté le scrutin. Sous prétexte de la pandémie de coronavirus, les élections "n'ont pas été libres, ni justes", avait assuré la semaine dernière lors d'une conférence de presse le porte-parole de l'armée, le major général Zaw Min Tun. Deux coups d'Etat ont déjà eu lieu en 1962 et 1988.

Les craintes s'étaient encore renforcées quand le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing - sans doute l'homme le plus puissant du pays - avait déclaré que la constitution pouvait être " révoquée " dans certaines circonstances. Aung San Suu Kyi, très critiquée à l'international pour sa gestion de la crise des musulmans rohingyas - des centaines de milliers d'entre eux ont fui en 2017 les exactions de l'armée et se sont réfugiés au Bangladesh voisin - reste toujours adulée par une majorité de Birmans. "Les États-Unis s'opposent à toute tentative de modifier le résultat des récentes élections (.) et prendront des mesures contre les responsables", a averti la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, dans un communiqué.

Il s'agissait des deuxièmes élections générales depuis 2011, année de la dissolution de la junte qui a régné pendant un demi-siècle sur le pays.

Ces arrestations sont survenues après plusieurs jours de tensions croissantes entre le gouvernement civil et l'armée qui laissaient craindre un coup d'Etat, l'armée dénonçant les résultats des élections législatives.

Contre toute logique, puisque la nouvelle Constitution de 2008 a été rédigée "par et pour les militaires ", leur octroyant d'emblée 25 % des sièges au Parlement et conservant les trois ministères les plus puissants du pays, intérieur, défense et les frontières. "La réaction du général Min est totalement irrationnelle, insiste Aung Zarni, et reflète la paranoïa d'un militaire coupé de la réalité du peuple birman " qui ne veut plus des militaires au pouvoir.

Avec " la déclaration du transfert de tous les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires aux militaires ", " ces développements portent un coup dur aux réformes démocratiques en Birmanie ", a-t-il ajouté.

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