La répression s'accentue, appels au calme des ambassades — Birmanie

Claudine Rigal
Février 16, 2021

Déploiements militaires, coupure d'internet...

À Myitkyina (nord), plusieurs personnes ont été blessées dimanche quand les forces de l'ordre ont tiré pour disperser des manifestants.

La veille, les militaires s'étaient déployés dans plusieurs villes du pays.Les connexions internet, très perturbées pendant la nuit, ont été rétablies lundi matin.

Le putsch du 1er février a renversé le gouvernement d'Aung San Suu Kyi et mis fin à une fragile transition démocratique de 10 ans.

Les chefs de la junte seront "tenus pour responsables", a tweeté Tom Andrews, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie.

Avant lundi, des centaines de milliers de Birmans étaient descendus dans les rues, le plus fort vent de fronde depuis la "révolution de safran" -encadrée par des moines- de 2007, tandis que de nombreux fonctionnaires s'étaient mis en grève pour soutenir le mouvement.

A Rangoun, ils se sont réunis près de la célèbre pagode Shwedagon pour réclamer la libération d'Aung San Suu Kyi, tenue au secret depuis son arrestation. Ils ont ensuite reconduit des policiers qui cherchaient des employés des chemins de fer grévistes afin de les forcer à reprendre le travail. "Si vous trouvez des fugitifs mentionnés ci-dessus ou si vous avez des informations à leur sujet, signalez-vous au poste de police le plus proche", a indiqué dimanche un communiqué dans les médias d'Etat.

Mais les foules étaient moins nombreuses que les derniers jours.

Depuis le putsch, environ 400 personnes ont été arrêtées, des responsables politiques, des militants et des membres de la société civile, y compris des journalistes, des médecins et des étudiants. Parmi la liste des sept "fugitifs" figure Min Ko Naing, une figure du mouvement étudiant de 1988, qui a passé plus de 10 ans en prison pour son rôle dans des manifestations contre la dictature de l'époque. "Nous n'avons pas peur d'être arrêtés ou fusillés", avait alors lâché Nyein Moe, une guide touristique.La présence de militaires appuyés par des véhicules blindés a toutefois refréné les ardeurs, tandis que des entreprises ont envoyé des courriels à leurs employés pour les inciter à ne pas manifester.

"Ils arrêtent les gens la nuit et nous devons être prudents", a-t-il déclaré quelques heures avant l'émission de son mandat d'arrêt.

En réaction aux arrestations, des comités de vigilance citoyenne ont vu spontanément le jour à travers la Birmanie: des habitants sont chargés de surveiller leur voisinage en cas d'opérations menées par les autorités pour arrêter des opposants.

"Nous ne faisons confiance à personne pour le moment, en particulier pas à ceux qui portent des uniformes", a déclaré Myo Ko Ko, membre d'une patrouille de rue dans un quartier du centre de Rangoun.

Certains Birmans craignent aussi que la libération massive cette semaine de plus de 23.000 prisonniers par l'armée n'ait été orchestrée pour semer le trouble en relâchant des individus peu recommandables, tout en faisant de la place dans les prisons pour les détenus politiques.

Les Etats-Unis ont pour leur part pris une série de sanctions à l'encontre de plusieurs généraux.

"Dehors le dictateur!", "nous avons besoin de l'armée américaine pour nous sauver", pouvait-on lire sur des banderoles, d'autres ont marché vers les locaux de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi. La junte affirme avoir pris le pouvoir en respectant la constitution et a ordonné aux journalistes du pays d'arrêter de parler d'elle comme d'un "gouvernement de coup d'Etat".

Elle va être maintenue en détention jusqu'à mercredi à la suite du report d'une audience, initialement prévue ce lundi, a annoncé son avocat, Khin Maung Zaw. Elle est "en bonne santé", assignée à résidence à Naypyidaw, a cependant assuré ce week-end la LND.La peur des représailles est omniprésente en Birmanie, un pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.D'autant que les forces de l'ordre ont déjà dispersé des rassemblements en tirant sur des manifestants depuis le coup d'Etat.

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