Restrictions du droit à l'avortement — Pologne

Claudine Rigal
Février 1, 2021

La décision du Tribunal constitutionnel a été publiée mercredi soir au Journal officiel. La manifestation, qui a commencé devant le siège du Tribunal constitutionnel, a entraîné un arrêt de la circulation. "Conformément aux exigences constitutionnelles, l'arrêt sera publié aujourd'hui dans le Journal officiel", a indiqué le Centre d'information du gouvernement sur Twitter.

Réformé par les conservateurs au pouvoir, le tribunal constitutionnel, a proscrit, le 22 octobre 2020, l'interruption volontaire de grossesse en cas de malformation grave du foetus, statuant qu'elle est "incompatible" avec la Constitution. Le gouvernement nationaliste ne laisse comme seules exceptions à cette décision, qualifiée de "rigide" par les anti-gouvernement, que les cas où les grossesses découlent d'un viol, de l'inceste et lorsque la vie ou la santé de la mère est en danger.

A Varsovie, les manifestants ont allumé des fusées éclairantes, brandi des drapeaux arc-en-ciel, l'emblème des mouvements gays, ainsi que des pancartes avec les inscriptions "Cela signifie la guerre", "Libre choix, non à la terreur". Elle s'est terminée devant la maison, protégée par un dispositif imposant de la police, de Jaroslaw Kaczynski, le chef du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir, où un " festival de la liberté " fait de chants, danses et slogans a eu lieu.

Des rassemblements similaires se sont déroulés dans d'autres villes polonaises, en dépit des restrictions interdisant les rassemblements de masse à cause de l'épidémie de Covid-19. Selon l'AFP, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l'appel de "Strajk Kobiet" (en français, "La Grève des femmes"), le principal mouvement à l'origine des protestations, pour crier leur colère à la suite de l'entrée en vigueur d'un arrêt controversé interdisant presque totalement l'avortement. Il s'agit du plus large rassemblement depuis le mois d'octobre, lorsque la justice polonaise avait amorcé la délégalisation de l'IVG.la mobilisation devrait se poursuivre dans les prochains jours. Des appels à "l'IVG sur demande" et des mises en garde au gouvernement qui sera "aboli par les femmes", ont retenti au son de tambours et de quelques pétards fumigènes. Cette annonce avait été suivie de manifestations massives dans le pays, poussant le gouvernement à suspendre la publication de l'arrêt. "Nous allons vous cuisiner un enfer", a ajouté Klementyna Suchanow, également de la Grève des femmes. Wanda Nowicka, du parti de Gauche, a tweeté: "Vous n'avez pas encore gagné cette guerre contre les femmes et vous ne la gagnerez pas".

La Pologne, un pays majoritairement catholique, a une des lois les plus restrictives en matière d'avortement en Europe.

Aujourd'hui, il y a moins de 2.000 avortements légaux par an en Pologne, selon les données officielles. Les organisations féministes estiment par ailleurs qu'environ 200.000 IVG sont réalisées illégalement ou à l'étranger chaque année.

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