Colère après l'abandon d'un traité protégeant les femmes — Turquie

Alain Brian
Марта 22, 2021

Dès samedi après-midi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues d'Istanbul, à l'appel des organisations de défense des droits des femmes.

Les conservateurs ont affirmé que la charte nuisait à l'unité familiale, encourageait le divorce et que ses références à l'égalité étaient utilisées par la communauté LGBT pour être mieux acceptée dans la société. D'autres rassemblements, plus modestes, ont également eu lieu à Ankara et à Izmir (ouest), selon les médias.

Ce traité signé par la Turquie en 2011 est le premier outil supranational à fixer des normes juridiquement contraignantes dans une trentaine de pays pour prévenir les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes.

Du côté de l'opposition et de celles et ceux qui luttent contre les violences faites aux femmes, le retrait de la convention d'Istanbul est un très mauvais signe dans le contexte d'explosion des violences domestiques que connaît la Turquie, et qui tend à éloigner le pays encore davantage des valeurs défendues par l'Union européenne, à laquelle la Turquie reste en théorie candidate.

Le président Recep Tayyip Erdogan a retiré samedi la Turquie d'un emblématique traité international luttant contre les violences contre les femmes malgré une hausse des agressions, une décision qui a suscité une vague de colère.

"La France regrette profondément la décision des autorités turques de se retirer de la Convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe, alors que la Turquie avait été le premier pays à la ratifier en 2011", a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Le président turc avait pour la première fois évoqué un abandon de ce traité l'an dernier, dans une tentative de rallier son électorat conservateur face à des difficultés économiques croissantes.

Le principal parti d'opposition en Turquie, le Parti républicain du peuple (CHP), par la voix de sa secrétaire générale Selin Sayek-Böke a estimé que l'abandon de cette Convention signifiait "laisser les femmes être tuées". "Malgré vous et votre malfaisance, nous allons rester en vie et ressusciter la Convention", a-t-elle écrit sur Twitter.

Le retrait du traité samedi a été vivement condamné par des opposants du président turc. "Annoncer en pleine nuit le retrait de la Convention d'Istanbul, alors que nous apprenons chaque jour que de nouvelles violences sont commises contre des femmes, a de quoi remplir d'amertume", a déclaré le maire d'Istanbul Ekrem Imamoglu, l'un des principaux rivaux de M. Erdogan.

Face à l'avalanche de critiques, le gouvernement a tenté de rassurer. "Nous allons poursuivre notre lutte contre la violence avec pour principe la tolérance zéro", a ainsi assuré la ministre de la Famille Zehra Zumrut Selcuk, citée par l'agence de presse étatique Anadolu.

Cette décision a été prise alors que les féminicides n'ont cessé d'augmenter depuis une décennie en Turquie. La décision turque intervient alors même que le pays enregistre depuis plusieurs années une forte augmentation du nombre de féminicides (plus de 3.100 au cours de la dernière décennie, et déjà 77 au cours des 79 jours écoulés de cette année).

En dépit de ces déclarations, les associations de défense des droits des femmes accusent le gouvernement de ne pas appliquer avec assez de fermeté les lois qui existent déjà, encourageant selon elles le sentiment d'impunité. "Les organisations féministes ne sont pas les seules à condamner la décision présidentielle". En 2017, j'ai perdu une amie d'enfance (.) tuée par son ex-petit ami.

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