Génocide au Rwanda: des "responsabilités accablantes" de la France, pointe un rapport

Evrard Martin
Mars 27, 2021

Plusieurs décennies après le génocide rwandais qui aura fait environ 800.000 morts selon l'ONU entre avril et juillet 1994, un rapport pointant un doigt accusateur contre la France a été rendu à l'actuel locataire de l'Elysée.

Après deux années d'un travail titanesque dans les archives françaises - y compris dans les fonds " les plus sensibles " de la DGSE (Direction générale à la sécurité extérieure), du président de l'époque, François Mitterrand, et du Premier ministre, Edouard Balladur- la Commission de recherche présidée par l'historien Vincent Duclert et composée de douze membres dont des enseignants du secondaire, a remis, vendredi, son volumineux rapport de plus de 1.000 pages au président de la République française. Et ce, "en dépit des alertes lancées depuis Kigali, Kampala ou Paris", précisent les conclusions du rapport.

La lecture des archives discerne néanmoins vers la mi-juin 1994 " un sursaut volontariste " de François Mitterrand et au sein du gouvernement français.

"Nous espérons que ce rapport pourra mener à d'autres développements dans notre relation avec le Rwanda" et que, "cette fois, la démarche de rapprochement pourra être engagée de manière irréversible", a déclaré l'actuel locataire de l'Elysée suite à la remise du rapport.

Parallèlement, l'institution diplomatique ne se montre guère plus critique -à de rares exceptions-: "les diplomates épousent sans distance ou réserve la position dominante des autorités", et leur administration est "imperméable" à la critique. A en croire les conclusions qui ont été tirées dans ce document, la France aurait failli dans sa mission au Rwanda entre 1990 et 1994.

Cette opération controversée, Turquoise, a certes "permis de sauver de nombreuses vies, mais non celles de la très grande majorité des Tutsi du Rwanda exterminés dès les premières semaines du génocide", écrit la commission, qui souligne que les autorités françaises "se refusent à arrêter" les commanditaires du génocide ayant trouvé refuge dans la zone sous contrôle français. Ce point est l'un des plus controversés de l'action française au Rwanda.

Même si les relations entre les deux pays se sont détendues avec l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017, le rôle de la France au Rwanda reste un sujet explosif entre les deux pays depuis plus de 25 ans. Il est aussi l'objet d'un débat violent et passionné entre chercheurs, universitaires et politiques.

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