Le pays connaît sa journée la plus sanglante avec 38 morts — Birmanie

Claudine Rigal
Mars 6, 2021

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur la Birmanie depuis le putsch qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Interrogée sur les conditions posées par les militaires à une visite de sa part en Birmanie, réclamée depuis un mois par l'ONU, elle a répondu qu'ils lui avaient dit qu'elle était la bienvenue, mais " pas maintenant " car il leur fallait régler des problèmes au préalable.

Au moins 38 personnes, d'après l'ONU, ont été tuées mercredi par les forces de sécurité, qui ont tiré à balles réelles sur des rassemblements en faveur de la démocratie, suscitant de nouvelles protestations internationales.

Près de la pagode Sule, dans le centre de Rangoun, la capitale économique, un sit-in a été organisé, les manifestants déposant à terre les couvercles de poubelles qui leur servent de boucliers de fortune.

La "France appelle à mettre immédiatement un terme à la répression en Birmanie, à libérer les personnes détenues et à respecter le choix démocratique du peuple birman" dans les urnes, a affirmé mercredi le président français Emmanuel Macron dans un tweet. Dans quatre villes du centre, au moins onze protestataires ont péri, dont deux à Mandalay et sept à une centaine de kilomètres de là à Monywa, d'après des sources médicales.

L'armée a fait état pour sa part de la mort d'un policier.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient le jeune manifestant couvert de sang transporté loin des barricades par ses amis. Toujours tenue au secret dans la capitale Naypyidaw, l'ex-dirigeante de 75 ans est désormais inculpée de quatre chefs: importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d'une loi sur les télécommunications et incitation aux troubles publics. Sur d'autres images, une série de détonations a été entendue, tandis que des contestataires continuaient à scander: "Notre révolte doit réussir!".

Malgré cela, des protestataires continuent à descendre dans les rues pour demander le départ des généraux putschistes et la libération des centaines de détenus emprisonnés ces dernières semaines. Coupures d'internet, renforcement de l'arsenal législatif, vagues d'interpellation, recours aux armes létales: la junte n'a cessé d'intensifier sa riposte depuis son coup d'Etat.

" Il n'y aura pas de pardon pour vous jusqu'à la fin du monde", a chanté l'assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs, tandis que des jeunes ont promis de " lutter contre la dictature jusqu'à la fin ".

Entre-temps, la répression se poursuit sur le terrain judiciaire. Six journalistes birmans, dont Thein Zaw, un photographe de l'agence américaine Associated Press (AP), ont également été inculpés. Ils sont poursuivis pour avoir "causé la peur parmi la population, répandu de fausses informations (...) ou incité des employés du gouvernement à la désobéissance", d'après leur avocate. Ils encourent jusqu'à trois ans de détention. Les six hommes sont détenus dans la prison d'Insein, de Rangoun, où de nombreux prisonniers politiques ont effectué de lourdes peines.

De son côté, celui qui avait été désigné mardi en qualité de nouvel ambassadeur de la Birmanie auprès de l'ONU par la junte après le limogeage du titulaire de ce poste a démissionné, assurant que son prédécesseur continuait à représenter son pays.

Le Royaume-Uni a demandé une nouvelle réunion du Conseil de sécurité vendredi. La Chine et la Russie, des alliées traditionnelles de l'armée birmane, n'ont quant à elles pas officiellement condamné le coup d'Etat, considérant la crise comme "une affaire intérieure". Début février, ses 15 membres avaient publié une déclaration qui exprimait leur préoccupation sans condamner le coup d'État, Pékin et Moscou, alliés de l'armée birmane, s'y opposant.

Les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 ont été réprimés dans le sang par les militaires.

" Ange " a voté pour la première fois le 8 novembre aux législatives remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi.

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