Nouvelles manifestations et durcissement de la répression — Birmanie

Pierre Vaugeois
Марта 3, 2021

Le pays est secoué par une vague de manifestations pro-démocratie depuis le coup d'État militaire qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi le 1er février.

Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, n'a pas été vue en public depuis son arrestation.

Dans plusieurs quartiers de l'ancienne capitale Rangoun, la police renforcée par des éléments de l'armée a tiré à balles réelles après avoir échoué à disperser la foule avec des grenades assourdissantes, du gaz lacrymogène et des tirs de sommation. "Un chiffre qu'il n'a pas été possible de confirmer ou infirmer de source indépendante". "Nous condamnons fermement la répression de plus en plus violente des manifestations en Birmanie, et appelons les militaires à cesser immédiatement d'utiliser la force contre des manifestants pacifiques".

La junte birmane invoque pour justifier le coup d'État des fraudes électorales lors des élections générales de novembre, les deuxièmes depuis la dissolution de la junte en 2011 et qui avaient été remportées haut la main par le parti d'Aung San Suu Kyi. La répression des manifestations avait fait au moins trois morts jusqu'à dimanche.

Trois personnes ont péri et une vingtaine d'autres ont été blessées quand les autorités sont intervenues contre un rassemblement dans la ville côtière de Dawei, dans le sud du pays, selon un travailleur de santé et des médias locaux.

Ce dernier, Pyae Zaw Hein, affirme à l'AFP que les trois victimes ont été "touchées par des tirs à balles réelles", alors que les blessés l'ont été par des munitions en caoutchouc.

Deux garçons de 18 ans ont été tués à Bago, près de Rangoun, d'après d'autres secouristes. À Mandalay (centre), deux hommes ont été tués par balles, a déclaré un docteur. Des centaines de membres de l'ethnie Môn s'étaient rassemblés pour commémorer leur fête nationale, rejoints par d'autres groupes ethniques protestant contre le coup d'État.

Le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, a assuré la semaine dernière que les forces de l'ordre faisaient preuve de la plus grande retenue.

La liste des victimes s'allonge puisque l'on dénombrait au moins cinq morts dans les rangs des manifestants depuis le coup d'État, avant ce nouveau week-end sanglant. L'armée précise par ailleurs qu'un policier a également péri en tentant de disperser une précédente manifestation.

" La nette escalade du recours à la force létale (.) est scandaleuse et inacceptable et doit être immédiatement stoppée", a réagi Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch (HRW).

"La police a commencé à tirer dès que nous sommes arrivés", a déclaré à l'AFP Amy Kyaw, une institutrice de 29 ans. Des manifestants sont tout de même restés dans les rues, se protégeant derrière des barricades et des boucliers de fortune.

Des scènes de chaos ont eu lieu dans le centre commerçant de Rangoun où la police a dispersé, en tirant des balles en caoutchouc, des manifestants au carrefour Myaynigone.

Au moins trois journalistes ont été arrêtés, dont un photographe de l'agence américaine Associated Press ainsi qu'un vidéaste et un photographe de deux agences birmanes, respectivement Birmanie Now et Birmanie Pressphoto.

Une ONG d'aide aux prisonniers politiques (AAPP) évaluait jusqu'à présent à plus de 770 le nombre de personnes arrêtées, inculpées ou condamnées depuis le putsch, dont quelque 680 toujours derrière les barreaux. Les médias officiels recensent 479 arrestations pour la seule journée de samedi. Malgré plusieurs demandes, son avocat Khin Maung Zaw n'a pas été autorisé à la voir.

La junte en Birmanie a démis de ses fonctions samedi son ambassadeur aux Nations unies, au lendemain de sa rupture spectaculaire avec le pouvoir militaire qui a intensifié la répression des manifestants dans le pays.

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