10 000 personnes rassemblées à Erevan, Biden appelle Erdogan — Génocide arménien

Pierre Vaugeois
Avril 25, 2021

Joe Biden a déclaré vendredi à Recep Tayyip Erdogan qu'il comptait reconnaître comme un génocide les massacres d'Arméniens en 1915 dans l'empire ottoman, ont dit des sources informées du contenu de l'entretien téléphonique vendredi entre le président des Etats-Unis et son homologue turc. Dans le même temps, en Arménie, une dizaine de milliers de personnes ont commémoré le génocide à Erevan. Certains manifestants scandaient des chants patriotiques, d'autres jouaient du tambour, a constaté une journaliste de l'AFP.

Mourad Papazian, reçu par Emmanuel Macron dans la matinée, a lui souligné lui avoir fait part de la tristesse de la communauté arménienne de France "qui est en colère également, parce que personne n'est intervenu pour sauver les Arméniens au moment où ils étaient attaqués par une force de frappe additionnelle de la Turquie et de l'Azerbaïdjan".

Les Américains honorent tous les Arméniens qui ont péri dans le génocide qui a commencé il y a 106 ans aujourd'hui, a écrit Joe Biden. Si cela se confirme, il sera le premier président américain à le faire. Joe Biden pourrait toutefois encore changer d'avis au sujet de cette décision ultrasensible, selon les médias.

Un porte-parole du département d'État américain a évoqué une "annonce" attendue samedi sur le "génocide arménien ", laissant peu de doute sur la décision américaine.

Au téléphone avec le président turc, le locataire de la Maison Blanche a exprimé sa volonté de bâtir une "relation bilatérale constructive", selon le bref compte-rendu américain, qui évoque la nécessité d'une "gestion efficace des désaccords". Elle intervient dans un climat déjà tendu entre les Etats-Unis et la Turquie, tous deux membres de l'Otan.

Le génocide arménien est reconnu par plus de vingt pays et par de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Joe Biden avait promis, avant son élection, de prendre l'initiative sur ce dossier.

Pendant la campagne électorale, et depuis qu'il est arrivé à la Maison-Blanche, Joe Biden a fait de la défense des droits de l'homme l'un des axes majeurs de sa politique étrangère.

Les Arméniens estiment qu'un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman, alors allié à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie.

Le 24 avril 2015, en pleine commémoration par l'Arménie du 100e anniversaire du génocide, le pape François a parlé de "premier génocide du XXe siècle ".

L'annonce de Joe Biden n'aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu'aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de "soi-disant partenaire stratégique" qui "par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié".

Sans citer explicitement les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington. Lors d'une réunion avec des conseillers, il avait prévenu qu'il continuerait à "défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant 'génocide arménien' (.) à des fins politiques".

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL