Avion détourné par le Bélarus: l'Union Européenne va discuter de "possibles sanctions"

Alain Brian
Mai 24, 2021

Un avion de chasse bélarusse a intercepté dimanche un avion de ligne de la compagnie RyanAir. Parti d'Athènes, l'avion devait atterrir à Vilnius, en Lituanie. La commissaire européenne en charge des Transports, Adina Valean, l'a annoncé vers 19 h 15 sur Twitter, sans préciser si le militant d'opposition Roman Protassevitch se trouvait dedans.

Le média d'opposition Nexta a affirmé que son ancien rédacteur en chef Roman Protassevitch avait été arrêté par les services de sécurité après l'atterrissage d'urgence à l'aéroport de la capitale du Bélarus de ce Boeing 737-800 en provenance d'Athènes et avec pour destination Vilnius, en Lituanie.

C'est Alexandre Loukachenko qui avait personnellement donné l'ordre à un chasseur MiG-29 de l'intercepter après cette alerte, a dit son service de presse.

Le mouvement de contestation avait rassemblé pendant l'été et l'automne 2020 des dizaines de milliers de personnes dans la capitale Minsk et dans d'autres villes de Biélorussie, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.

Malgré son jeune âge, Roman Protassevitch est un opposant de longue date.

La Lituanie a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, un ancien collaborateur de Nexta, un média ayant joué un rôle de premier plan dans la grande vague de contestation de la réélection en 2020 du président biélorusse Alexandre Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994.

Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en biélorusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers la Biélorussie, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences. Un conseiller de la principale figure d'opposition bélarusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa, raconte la scène (à dérouler). "L'annonce de l'atterrissage forcé d'un avion de Ryanair à #Minsk et l'arrestation de M. Protassevich demande immédiatement clarification", a-t-elle écrit". L'ancienne république soviétique du Bélarus est le dernier pays en Europe à appliquer la peine capitale.

En novembre, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient inscrit les noms de M. Protassevitch, et du fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes". "Quand l'avion est entré dans l'espace aérien bélarusse, les officiers du KGB ont déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair", a-t-il assuré. Le déroutage a eu lieu suite à une "bagarre " déclenchée par des agents des services de sécurité biélorusses, présents à bord et qui affirmaient qu'un engin explosif se trouvait dans l'appareil.

Contactée par l'AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de la part de l'aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l'équipage.

Quelles sont les réactions internationales?

Les chefs d'État et de gouvernement des 27 pays de l'Union européenne sont réunis lundi et mardi à Bruxelles, pour un sommet où doivent être abordés une série de questions internationales et le dossier climatique. "Les dirigeants européens discuteront de cet incident sans précédent. Il ne restera pas sans conséquences", a indiqué le président du Conseil Charles Michel dans un communiqué. Selon divers sites pistant les vols, il n'était qu'à 10 km de la frontière lituanienne quand il a été détourné de son itinéraire. "Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable", a de son côté déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur Twitter. Par ailleurs, l'ambassadeur du Bélarus à Paris a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Le Premier ministre polonais a qualifié l'arrestation de l'opposant biélorusse Roman Protassevitch d'acte de "terrorisme d'État ", emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron, qui avait dénoncé cet acte "inacceptable".

"Les gens ne souffrent pas seulement du régime biélorusse mais ils en meurent aussi ", a réagi Svetlana Tikhanovskaïa, qui vit en Lituanie.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL