Des influenceurs français confient avoir été approchés pour dénigrer le vaccin Pfizer

Solenn Plantier
Mai 25, 2021

Les premiers échanges avec l'agence de publicité concernée, Fazzer, semblent plutôt anodins: il s'agirait d'une "campagne informationnelle" visant à "parler des vaccins qui sont proposés à la population européenne, notamment AstraZeneca et Pfizer".

A noter toutefois qu'en avril dernier, sur le compte Twitter du vaccin russe Spoutnik, plusieurs tweets dénigraient le vaccin Pfizer au profit de celui d'AstraZeneca. "Éthique/20. Si vous voyez des vidéos là-dessus vous saurez que c'est une opé [ration], du coup", raconte Léo Grasset. "C'est minable, c'est dangereux, c'est irresponsable et ça ne marche pas", a estimé le ministre de la Santé, Olivier Véran, mardi 25 mai, au sujet des propositions que disent avoir reçues plusieurs gros influenceurs pour critiquer le vaccin Pfizer contre le Covid-19. Même scénario décrit par les deux autres personnalités des réseaux, Sami Ouladitto et Et ça se dit médecin. Sur Twitter, Léo Grasset s'étonne aussi que l'adresse indiquée par l'agence à la fin du courriel corresponde à un centre d'esthétique laser. Tous les employés ont des profils LinkedIn chelous. qui disparaissent depuis ce matin.

Numerama a pu obtenir le mail de demande de partenariat, ainsi que le brief proposé aux influenceurs par l'agence de communication nommée Fazze, qui se dit basée à Londres.

Mais c'est le 24 mai que l'affaire sort de l'ombre: Léo " Dirty Biology " Grasset, vulgarisateur scientifique qui a plus d'un million d'abonnés sur YouTube montre des captures d'écran du fameux briefing proposé par l'agence d'influence. La vidéo doit se terminer avec une incitation à " tirer ses propres conclusions " de cette affaire.

L'agence demande également aux influenceurs sollicités de ne pas mentionner le partenariat et de ne pas divulguer le nom du client. L'influenceur "Et ça se dit médecin" dit lui aussi avoir reçu cette proposition de partenariat: environ 2.000 euros pour décrédibiliser le vaccin Pfizer.

Tout indique, de ce fait, qu'il s'agisse d'une action de communication (pour ne pas dire propagande) à grande échelle (la France n'est en effet peut-être pas le seul pays touché), afin de créer des méfiances du côté du vaccin Pfizer, de façon à mettre en avant l'un de ses "rivaux", à savoir Sputnik V. L'agence Fazze s'annonce comme une agence londonienne, mais son site ne présente aucun client, ni aucune opération à succès. Il offre en revanche la possibilité de se connecter avec Facebook, Twitter et Vkontakte, le réseau social le plus utilisé en Russie. Etrangement, dans ces messages le vaccin russe n'est pas vanté. L'entreprise Fazze n'est pas enregistrée comme une entreprise au Royaume-Uni. L'adresse, qui ressemble à une boîte postale, est d'ailleurs partagée - ou a été partagée - par 177 entreprises, dont Fazze ne fait pas partie.

Pfizer, contacté par l'AFP, n'avait pas réagi lundi après-midi.

Une agence de communication tente de mener une campagne de déstabilisation anti-Pfizer en France. "Nous condamnons fermement toute initiative qui cherche à saper la confiance dans les vaccins et nions catégoriquement les commentaires apparemment illégitimes sur les réseaux sociaux spéculant sur notre implication dans de telles activités", indique un porte-parole d'AstraZeneca.

D'autres rapports CampDesrEcrues

Discuter de cet article

SUIVRE NOTRE JOURNAL