Génocide au Rwanda : Macron reconnaît "une responsabilité accablante" de la France

Claudine Rigal
Мая 28, 2021

"La France a (.) un devoir: celui de regarder l'Histoire en face et de reconnaître la part de souffrance qu'elle a infligée au peuple rwandais en faisant trop longtemps prévaloir le silence sur l'examen de vérité", a encore déclaré Emmanuel Macron. "Sur ce chemin, seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don de nous pardonner", a-t-il souligné.

Pendant une centaine de jours après l'attentat contre l'avion du président hutu Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés par l'armée et les milices hutues rwandaises interahamwe, selon un décompte de l'Onu.

" Reconnaître ce passé, c'est aussi et surtout poursuivre l'œuvre de justice". Le président français a parlé d'un grand volet économique dans la coopération à venir entre les deux pays, évoquant une aide au développement portée à des niveaux inédits, détaille notre correspondante à Kigali, Laure Broulard.

Emmanuel Macron était à Kigali où il a prononcé un discours au mémorial de Gisozi ce jeudi. Selon elle, la France est "respectée quand elle se grandit, pas quand elle s'abaisse", pas "quand elle se flagelle pour des fautes qui ne sont pas les siennes".

Le président français a indiqué qu' "en voulant faire obstacle à un conflit régional ou une guerre civile, elle restait de fait aux côtés d'un régime génocidaire". Un discours très bien accueilli par son homologue Rwandais.

Sans l'exiger, le président rwandais avait estimé que des excuses d'Emmanuel Macron au nom de la France auraient constitué un "geste important". "(.) Il y a une responsabilité de l'ensemble de ceux qui n'ont rien vu, qui n'ont pas compris dès 1990 le risque énorme, de ceux qui n'ont pas voulu après (les accords signés en 1993 à) Arusha qu'il y ait une force internationale pour consolider les accords obtenus grâce à la présence de la France, et de ceux qui ont beaucoup tardé, au moment du génocide, à donner l'accord au Conseil de sécurité pour qu'on puisse revenir", a affirmé sur Radio J l'ancien secrétaire général de l'Élysée sous la présidence de François Mitterrand, de mai 1991 à mai 1995.

"Ce qui nous tient le plus à cœur en tant que survivants, c'est l'arrestation des génocidaires qui vivent en France".

Les autorités françaises ont arrêté l'an dernier en région parisienne Félicien Kabuga, financier présumé du génocide des Tutsis.

Le président rwandais, Paul Kagame, et son homologue français, Emmanuel Macron, lors de la conférence de presse commune à Kigali.

"Admettre les responsabilités du gouvernement français de l'époque au Rwanda est une chose très importante".

"Mais la relation entre nos deux pays ne sera jamais totalement conventionnelle".

Après son étape au Rwanda, Emmanuel Macron se rendra vendredi et samedi en Afrique du Sud, pays membre du G20 régulièrement convié au G7, première économie d'Afrique australe de 60 millions d'habitants durement touchée par l'épidémie de COVID-19.

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