L'UE va fermer son espace aérien aux avions bélarusses — Vol RyanAir détourné

Xavier Trudeau
Mai 26, 2021

Depuis le déroutage dimanche d'un vol commercial sous prétexte d'une alerte à la bombe et permettant l'arrestation d'un journaliste opposant, la Biélorussie est sous le feu des critiques de la communauté internationale. "J'ai agi légalement en protégeant les gens", a martelé ce mercredi 26 mai le président, réélu en 2020 dans des conditions douteuses selon l'Union européenne, rejetant l'accusation d'avoir détourné le vol pour le forcer à atterrir à Minsk.

Le département chargé de l'aérien au ministère bélarusse des Transports a dit avoir invité des représentants de l'Association internationale du transport aérien (IATA), de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), dépendante de l'Onu, des autorités américaines et de l'Union européenne.

La transcription de l'échange avec la tour de contrôle établit que c'est la tour de contrôle qui a recommandé avec insistance un atterrissage à Minsk. Exilée en Lituanie, l'ex-candidate à la présidentielle Svetlana Tikhanovskaïa a appelé "les Etats-Unis à isoler le régime et à faire pression avec des sanctions". Alexandre Loukachenko réfute toute fraude électorale et accuse les pays occidentaux d'être derrière les manifestations.

La télévision biélorusse a diffusé lundi soir une vidéo du jeune homme, détenu à Minsk, dans laquelle il avoue avoir organisé des " troubles " dans le pays.

Les autorités ont toutefois l'habitude de diffuser des confessions de détracteurs filmées sous la contrainte.

Natalia, la mère du photographe et militant, dit n'avoir pas dormi depuis deux nuits, serrant son téléphone dans ses mains dans l'espoir de recevoir des nouvelles. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a jugé ces images "pénibles à regarder", réclamant comme l'ONU une libération immédiate. "Il est clair qu'on lui a physiquement fait du mal, on peut voir des traces de coups sur le visage", a estimé Dmitri Protassevitch, qui vit en Pologne.

Ce déroutage a déclenché une polémique internationale et l'Union européenne a décidé de fermer son espace aérien aux avions venant de Biélorussie.

D'importantes compagnies aériennes, comme Air France, Singapore Airlines ou Lufthansa, ont annoncé lundi et mardi éviter désormais les cieux biélorusses.

Près de 2000 appareils effectuant des vols commerciaux empruntent chaque semaine l'espace aérien du Bélarus, selon Eurocontrol.

Le régime d'Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, et qui a habilement louvoyé pendant des décennies entre l'UE et Moscou, obtenant des concessions de l'un puis de l'autre et usant de leurs rivalités géopolitiques, est déjà ciblé par de multiples sanctions occidentales pour avoir durement réprimé la contestation historique ayant mobilisé des centaines de milliers de Bélarusses après la présidentielle d'août 2020, jugée "truquée" par les Européens.

Le régime biélorusse n'a cependant fait qu'accroître la répression, emprisonnant ou forçant à l'exil ses détracteurs.

Mardi encore, sept opposants ont été condamnés à des peines de quatre à sept ans de prison pour leur rôle dans des " troubles massifs", référence au mouvement de contestation de 2020.

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